Cette Vie. Karel Schoeman. Traduit (afrikaans) par Pierre-Marie Finkelstein. Phébus, 272 p.
Karel Schoeman est né en 1939 à Trompsburg (Etat libre d’Orange). Il écrit en langue afrikaans. Militant de l’ANC (African National Congress) pour l’abolition de l’apartheid, il a reçu en 1999 des mains de Nelson Mandela, l’Order of Merit, la plus haute distinction sud-africaine. Il est également le traducteur en afrikaans de Tckekhov et Schiller.
Province du Boland, Afrique du Sud, XIXème siècle…
Dans une ferme reculée, une vieille dame, alitée, attend avec sérénité la mort. Dans le silence nocturne du Veld, la vieille dame veille ; plongée dans cet état de perception aigüe qui doit accompagner les derniers instants d’une vie, elle se souvient.
Les souvenirs de la narratrice ne sont d’abord que des bribes, puis ils s’ordonnent, prennent sens. C’est ainsi que le lecteur, guidé par une enfant, cadette d’une famille de paysans, pénètre dans la société boer du XIX siècle : une mère qui domine le foyer par sa sévérité ; u
n père taciturne et travailleur… Un monde austère, où la religion calviniste pèse sur les consciences, réprouve toute oisiveté. Les jours sont rythmés par le travail aux champs du père et de ses deux fils, par les tâches domestiques des femmes; les saisons, par la migration aux premières gelées, de la famille qui descend avec son bétail du Boland pour les pâtures plus clémentes du Karoo. Les visites ne sont pas fréquentes et rarement les bienvenues. On se méfie de ses voisins. On parle peu, et guère en présence de la petite fille. Les secrets familiaux semblent bien gardés… Mais elle est celle qui écoute, qui observe.
Province du Boland, Afrique du Sud, XIXème siècle…
Dans une ferme reculée, une vieille dame, alitée, attend avec sérénité la mort. Dans le silence nocturne du Veld, la vieille dame veille ; plongée dans cet état de perception aigüe qui doit accompagner les derniers instants d’une vie, elle se souvient.
Les souvenirs de la narratrice ne sont d’abord que des bribes, puis ils s’ordonnent, prennent sens. C’est ainsi que le lecteur, guidé par une enfant, cadette d’une famille de paysans, pénètre dans la société boer du XIX siècle : une mère qui domine le foyer par sa sévérité ; u
n père taciturne et travailleur… Un monde austère, où la religion calviniste pèse sur les consciences, réprouve toute oisiveté. Les jours sont rythmés par le travail aux champs du père et de ses deux fils, par les tâches domestiques des femmes; les saisons, par la migration aux premières gelées, de la famille qui descend avec son bétail du Boland pour les pâtures plus clémentes du Karoo. Les visites ne sont pas fréquentes et rarement les bienvenues. On se méfie de ses voisins. On parle peu, et guère en présence de la petite fille. Les secrets familiaux semblent bien gardés… Mais elle est celle qui écoute, qui observe. Dans « Cette Vie », Karel Schoeman dépeint le quotidien d’une colonie afrikaner fermée, analphabète et fragile, implantée de fraîche date en territoire bochiman, à l’orée de l’exploitation du diamant. Le lecteur qui se laisse entraîner dans ce récit délibérément lent et lyrique découvre une société clanique et arriérée qui ne repose que sur le travail acharné, l’extension de ses terres et la défiance. « Cette Vie » c’est celle des boers, ces descendants de colons hollandais, qui par la peur et une interprétation religieuse rigoriste, puis plus tard par un sentiment patriotique exacerbé par la lutte contre les anglais, posent les prémices du racisme institutionnalisé de l’effroyable régime de l’apartheid.

